Alors
que le système était encore condamné
il y a quelques années, le 21 février
2002, une loi a été adoptée
réformant l'autorité parentale et
prévoyant la possibilité de résidence
alternée des enfants en cas de séparation
des parents, même en cas de désaccord
de l'un d'entre eux.
Dans le cadre d'un divorce, cela semble la moins
mauvaise des solutions pour respecter le
droit de l'enfant de vivre auprès de ses
deux parents.
L'article 9 de la Convention Internationale relative
aux Droits de l'Enfant pose le principe du maintien
des relations de l'enfant avec ses deux parents.
Avant la réforme de 2002, en France, dans
près de 85% des cas la résidence habituelle
de l'enfant était fixée chez la mère ;
après une séparation 24% des enfants
vivant avec leur mère ne voyaient jamais leur
père, et 18% le voyaient moins d'une fois par
mois (Source INED 1994).
La situation a évolué très lentement depuis.
Les chiffres sont peu nombreux et partiels.
Selon les statistiques du Ministère de la Justice de 2005, 78% des enfants résidaient chez leur mère et 11% organisaient leur résidence de façon alternative.En 2007, la résidence alternée est mise en place dans 12,6% des décisions. Selon des statistiques de l'INSEE de 2008 40% des enfants de parents séparés ne voient jamais leur père, ou très rarement, 18% plus jamais, 22% quelques fois par an http://www.insee.fr/fr/ffc/ipweb/ip1195/ip1195.pdf.
Il semble que plus le divorce est contentieux, plus le taux de résidence alternée diminue... elle concerne une faible proportion de l'ensemble des procédures et relève majoritairement de l'accord des parents.
D'une enquête réalisée entre septembre 2007 et juillet 2008 auprès de parents ayant sollicité un partage des allocations familiales (dossier d'études de la CNAF n° 109, oct 2008), il ressort que la résidence alternée semble difficile à maintenir au fil des années, et semble pour les parents une solution transitoire, mais bénéfique. Si la résidence alternée est "une belle idée", mais "dans un monde peuplé de parents conciliants" et "d'enfants psychologiquement solides" (La résidence alternée : état du droit, bilan et jurisprudence - AJ famille 2010 p.21).
Le système de la garde alternée, c'est reconnaître que chacun des parents a
les mêmes droits et les mêmes devoirs
auprès de son enfant, même si pour
ce dernier ils ne sont pas interchangeables, mais
complémentaires.
C'est donc la meilleure application de la coparentalité
(et de la coéducation) posée par la
loi de février 2002.
Et de l'avis de beaucoup, l'alternance permet aux
adultes de réinvestir plus rapidement leur
vie personnelle après la séparation.
Qu'est-ce que la résidence alternée?
La résidence alternée consiste en
un partage égal du temps de l'enfant entre
le père et la mère, sur des périodes
variables chez chacun des parents.
Elle donne le temps à l'enfant de s'installer
chez chacun des parents. En effet, l'enfant a un
rythme biologique constitué d'éléments
stables et de rites qui lui permettent de se repérer
dans le temps. Selon les psychologues, cette horloge
biologique se cale au bout d'environ quarante huit
heures. Un enfant qui ne voit son parent que le
week end n'a pas donc pas le temps de s'installer
dans cette relation et d'en profiter.
Différents rythmes son envisageables en fonction
de l'âge et de la personnalité de l'enfant
:
-
de petites coupures : la semaine en découpée
en jours fixes et en jours libres (lundi et mardi
toujours avec la mère, jeudi, vendredi
toujours avec le père, le mercredi et les
week-end à tour de rôle) ; c'est
le système idéal pour les petits
;
-
une semaine chez l'un, une semaine chez l'autre
:
-
la quinzaine : c'est la formule préférée
par des adolescents
-
entre deux vacances scolaires :
Le code civil n'impose pas pour que la résidence d'un enfant soit fixée en alternance au domicile de chacun de ses parents, que le temps passé auprès de chacun des parents soit de même durée : si l'intérêt de l'enfant le commande et compte tenu des circonstances il est possible d'opter (ou le juge peut ordonner) pour une résidence aboutissant à un partage inégal du temps (Cass. Civ. 1ère 25 avril 2007, Droit de la famille 2007 Comm n° 143).
Devant
le juge
Il
faut ici distinguer selon que les parents ont ou non
trouvé un accord concernant leurs enfants,
mais dans tous les cas si aucun des parents ne demande
une telle mesure, le juge ne pourra l'imposer:
-
en cas d'accord entre les parents : le juge homologuera
leur convention en vérifiant que les intérêts
de l'enfant sont sauvegardés et que le consentement
des parents a été librement donné
;
-
en cas de désaccord entre les parents (l'un
souhaite une résidence alternée et
l'autre pas) : le magistrat pourra :
- Tenter de les concilier ;
- Leur proposer ou leur imposer dans l'attente
une médiation familiale ;
- Nommer un enquêteur social : le juge se
prononcera aux vues des résultats du rapport
d'enquête ;
- Ordonner à titre provisoire pour une
durée maximale de 6 mois la résidence
alternée : une fois passé ce délai,
le juge selon le compte rendu de cette période
statuera définitivement ;
Le rôle du juge se réduit surtout à "un contrôle de faisabilité" selon principalement quatre critères cumulatifs:
- la proximité des domiciles ;
- la disponibilité et l'implication des parents ;
- l'enfant lui-même (son âge et le rythme proposé) et son intérêt ;
- l'entente parentale (en jurisprudence c'est le critère le plus cité pour le rejet ou le constat de l'échec de la résidence alternée).
Si la garde alternée échoue, l'un des
parents peut saisir à nouveau le Juge aux affaires
familiales pour demander à ce que la résidence
des enfants soit fixée chez l'un des parents,
l'autre ayant seulement un droit de visite et d'hébergement.
Le fait que l'un des époux soit la cause de
la fin de la garde alternée n'est pas une faute
de nature à garantir que les enfants seront
confiés à l'autre parent.
Selon les chiffres de 2007, il apparait que le consensus des parents est confirmé dans la mise en place d'une résidence alternée : 21,5% dans les procédures sur consentement mutuel et 4,4% dans les divorces contentieux. Toutefois selon le Garde des Sceaux, le désaccord des parents ne fait pas nécessairement obstacle à l'alternance, si sa mise en oeuvre paraît conforme à l'intérêt de l'enfant (Rep. min. n°06504, min. Justice : JO Sénat 2 juillet 2009).
Résidence alternée et budget
("Quand on aime, on ne compte pas ; mais quand
on ne s'aime plus qu'est-ce qu'on compte!")
La résidence alternée demande des efforts
financiers : les parents decront avoir de nombreuses
choses en double. De plus deux appartements seront
nécessaires (et pas des studios...), pour lesquels
les loyers et charges seront dus même quant
l'enfant ne sera pas là.
Le faible recours à l'aide juridictionnelle dans ce cadre laisse à penser que les parents qui optent pour ce système sont relativement aisés.
En outre, résidence alternée n'est pas
synonyme d'absence de pension alimentaire.Les revenus des parents ne sont souvent pas égaux
: ils seront donc redistribués paritairement
en fonction des besoins de chacun.
La résidence alternée et l'Administration
- la Sécurité Sociale : chaque parent
peut inscire l'enfant sur sa carte Vitale.
-
les impôts : à compter de 2004 les
enfants sont réputés être à
la charge égale de l'un et de l'autre des
parents, qui peuvent les déclarer tous les
deux et bénéficient alors de 0,25
part supplémentaire (il faudra donc choisir
la solution fiscale la plus avantageuse avec une
calculatrice!).
- la CAF : le décret n°2007-550 du 13 avril 2007 permet le partage des seules allocations familiales en remplissant un formulaire spécifique CERFA 14000*1 (Lien CAF).
Selon les articles R521-2 à R521-4 du Code de la Sécurité Sociale, les parents auront le choix de désigner le parent qui percevra les allocations familiales, soit de les partager d'un commun accord.
En cas de désaccord, le partage devient la règle.
La prestation reçue tiendra compte du nombre d'enfants en résidence alternée et, éventuellement des autres enfants à charge vivant au foyer. La jurisprudence a précisé que l'allocataire n'a pas besoin de justifier de l'existence d'une l'obligation alimentaire ou d'un titre juridique. De même le partage n'est pas subordonné à la minorité ou à l'absence d'émancipation de l'enfant (Cass civ 2° 14 janvier 2010) => c'est la mise en oeuvre effective de la résidence alternée qui prime.
On annonce une mise à l'étude d'une éventuelle révision de la règle de l'allocataire unique pour l'ensemble des prestations familiales (par exemple, le complément de libre choix du mode de garde qui dans l'immédiat ne bénéficiait pas de la règle de partage) en cas de résidence alternée.
Il est à noter que le contentieux de la désignation de l'allocataire des prestations familailes est soumis au Tribunal des affaires de sécurité sociale. Le Juge aux Affaires familailes peut néanmoins constater l'accord des parents.
Point actualité : Déposée à L'Assemblée Nationale par deux députés UMP (Richard Mallié et Jean-Pierre Decool) une proposition de loi souhaite privilégier la résidence alternée : elle propose d'inverser la charge de la preuve, en demandant au parent qui s'oppose à la résidence alternée de justifier son refus. A suivre...
=>
pour aller plus loin :

"Réussir
la garde alternée" Gérard Poussin
& Anne Lamy
- Collection "C'est la vie aussi" - Albin
Michel
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