Selon
les enquêtes d'opinion, les français
revendiquent un divorce plus rapide, moins coûteux
et simplifié.
Les politiques se devaient de réagir, quand
l'on sait qu'aujourd'hui un mariage sur trois se
finit par un divorce (en 1975, 55.000 divorces prononcés,
en 1981, 100.000, et en 1999, 116.724)
Le 10 octobre 2001, l'Assemblée Nationale
a adopté une proposition de loi réformant
la procédure du divorce, en réorganisant
notamment les cas du divorce.
Le législateur de 1975 avait répondu
à la multiplicité des situations familiales
par des procédures distinctes :
- divorce pour rupture de la vie commune (pour séparation
de fait ou altération des facultés
mentales) ;
- divorce sur demande acceptée ;
- divorce pour faute ;
- divorce sur requête conjointe.
Le
nouveau texte de 2001 ne retient que deux hypothèses
: le consentement mutuel et la rupture irrémédiable
du lien conjugal.
La
procédure sur consentement mutuel
Le nouveau texte reprend l'ancienne formule de la
procédure sur requête conjointe en
la simplifiant : le principe est celui d'une seule
comparution des époux devant le juge, au
lieu des deux exigées précédemment.
Lors
de cette audience, si le magistrat acquiert "la
conviction que la volonté de chacun des époux
est réelle et que chacun d'eux a donné
un consentement libre et éclairé"
il prononcera immédiatement le divorce.
Dans
le cas contraire, il convoquera trois mois plus
tard les époux pour une nouvelle audience,
et fixera des mesures provisoires applicables à
ce délai.
La
rupture irrémédiable du lien conjugal
Ce type de divorce fusionne les trois autres anciens
cas de divorce et s'efforce de faire disparaître
la notion de faute pour un divorce purement objectif.
C'est
le seul échec conjugal qui sera la cause
de divorce : seul la constatation de la mésentente
existant dans le couple sera prise en considération
par le magistrat, qui n'opérera plus de contrôle
sur la situation qui lui est exposée ; il
ne pourra donc plus rejeter la demande en divorce.
Avant
le dépôt de la requête en divorce,
le magistrat pourra toujours statuer, par le biais
du référé, sur la contribution
aux charges du ménage et les mesures urgentes
de protection des intérêts de la famille,
mais également sur la résidence séparée
des époux et les modalités d'exercice
de l'autorité parentale
Ces
mesures seront caduques si la demande de divorce
n'est pas déposée dans un délai
d'un mois.
Au
dépôt de la requête en divorce,
le juge peut de façon unilatérale,
prendre toute mesure conservatoire pour garantir
les droits d'un époux (par exemple organiser
la résidence séparée).
Lors
de l'ordonnance des mesures provisoires (ancienne
ordonnance de non-conciliation : le juge n'aura
plus la mission de tenter de concilier les époux...
mais de les séparer à l'amiable) vise
les mesures nécessaires pour organiser la
vie des époux et de leurs enfants. Toutefois,
si l'époux non-demandeur conteste le caractère
irrémédiable de la rupture du lien
conjugal, le magistrat doit renvoyer à une
audience ultérieure qui fixera les mesures
provisoires.
Pour
l'audience de jugement, le juge invite les parties
à présenter un projet de règlement
des effets du divorce.
De
manière générale le magistrat
doit inciter les époux à recourir
à la médiation.
En
outre, le nouveau texte prévoit que durant
l'instance les époux pourront passer toutes
conventions pour la liquidation et le partage de
la communauté, qui seront homologués
par le magistrat.
Le
nouveau texte est également révolutionnaire
en ce qu'il abroge la révocabilité
des donations entre époux.
Enfin,
s'il existe des "faits d'une particulière
gravité", le juge pourra accueillir
une demande de dommages et intérêts.
Certains
commentateurs ont parlé d'un bouleversement
spectaculaire du droit du divorce : il n'est pas
possible de les contredire, mais ce nouveau droit
du divorce suscite des interrogations.
La
rupture irrémédiable du lien conjugal
ne revient-il pas à un divorce par volonté
unilatérale, proche de la répudiation?
Que
devient l'institution du mariage dont les droits
et devoirs respectifs deviennent lettre morte faute
de sanction possible dans le prononcé du
divorce?
Suffit-il
d'éliminer la faute pour retirer au divorce
son caractère conflictuel?
Le 10 octobre 2001, l'Assemblée Nationale
a donc adopté en première lecture
cette proposition de loi, qui a été
transmise au Sénat, puis à nouveau
à l'Assemblée Nationale. Toutefois,
du fait de l'élection législative
intervenue depuis, cette proposition de loi est
devenue caduque et la réforme du divorce
n'était plus à l'ordre du jour avant
une déclaration du ministre de la Justice
selon laquelle la Chancellerie allait finaliser
un nouveau projet "d'ici l'été
prochain"...
Le
nouveau ministre de la Justice, Monsieur Dominique
Perben a alors déclaré vouloir simplifier
la procédure de divorce. Il a souligne dans
un entretien publié dans "La Croix"
qu'il s'agit "notamment de retoucher au divorce
pour faute, non pas pour le supprimer, mais pour
le dédramatiser".
Pour
le ministre, il faut par exemple "faire en
sorte que la répartition patrimoniale entre
les ex-époux ne soit pas trop liée
à l'intensité de la faute de l'un
ou de l'autre".
Un
groupe de travail sur le droit de la famille créé
le 17 décembre 2002 a remis son rapport en
avril 2003, rapport qui servira de base à
un projet de loi prévu pour l'automne, et
dont les grands lignes sont :
- un divorce à l'amiable en trois mois avec
un seul passage devant le juge ;
- la médiation familiale encouragée
;
- deux ans de rupture au lieu de six pour obtenir
un divorce pour rupture de la vie commune
- évaluation de la prestation compensatoire
en début de procédure, alors que le
débat n'aura pas encore porté sur
les griefs.
Lors
du Conseil des Ministres du 9 juillet 2003 le Garde
des Sceaux a présenté un nouveau projet
de loi :
- contrairement aux travaux du précédent
gouvernement, le divorce pour faute sera maintenu
;
- le divorce par consentemen mutuel sera prononcé
à l'issue d'une seule audience (sauf exception)
;
- dans le divorce accepté le juge ne statuera
que sur les effets de la rupture ;
- une procédure de "divorce pour altération
définitive du lien conjugal" remplacera
l'actuel "rupture de la vie commune" avec
la fixation de la séparation des époux
à deux ans, au lieu de six ;
- la liquidation du régime matrimonial sera
préparée beaucoup plus en amont de
la procédure ;
- les conditions de révision de la prestation
compensatoire seront encore plus assouplies ;
- les incidences des torts sur les conséquences
financières du divorce seront limitées
;
- amélioration des mécanismes de passerelle
en cours de procédure entre les différents
types de divorce ;
- la médiation familiale sera encouragée.
Ce
dernier projet a été adopté
par le Sénat le 8 janvier 2004 et été
adopté définitivement et au terme
d'une procédure d'urgence devant l'Assemblée
Nationale le 12 mai 2004, pour une application en
janvier 2005.
Cette
saga montre (si c'était nécessaire
de le démontrer...) combien la matière
reste sensible.
Toutefois
le texte qui vient d'être adopté semble
faire l'objet d'un consensus, même si certaines
associations ont regretter l'absence de rêflexions
sur des mesures coecirtives en cas de non respect
par le parent non-hébergeant du temps des
enfants passé avec ce dernier.
pour aller plus loin :
Propositions de loi relative
à la réforme du divorce