Au
Palais de Justice de Paris, les Procureurs (ancêtres
des avoués) forment une confrérie
placée sous le patronage de Saint Nicolas.
Les Avocats les rejoignent et étant de plus
en plus nombreux, le porteur du bâton de Saint
Nicolas, "le Bâtonnier" devient
un Avocat.
Dans la Salle des Pas Perdus,
les Avocats ont leurs bancs, où ils se
réunissent et dissertent.
Ils
portent une robe noire et un chaperon (sorte de
capuche) ; les jours de cérémonie
la robe est écarlate et le chaperon herminé.
Sous
Louis XIII, les Avocats sont
chargés avec d'autres juristes de la codification
des coutumes afin de fixer des règles qui
étaient très fluctuantes.
François
1er institue la vénalité
des charges de magistrats, ce qui a pour conséquence
de créer une séparation entre le
corps des Avocats et celui des magistrats.
Une
ordonnance d'octobre 1535 codifie
tous les textes déontologiques pris depuis
1274 et les modernise.
Les
Avocats à cette époque sont au nombre
d'un peu plus de 300.
L'ordonnance
de Villers-Cotterêts d'août
1539 est surtout connue en ce qu'elle rend la
langue française obligatoire et organise
l'état civil. Mais elle pose aussi le principe,
qui perdurera jusqu'à la Révolution,
selon lequel l'inculpé est privé
de défenseur lors de l'instruction et à
l'audience. La torture devient la règle.
La
première prescription concernant la tenue
de l'Avocat date de 1540 : il doit porter
une robe longue et un bonnet rond, tous les deux
noirs, sans barbe, pourpoints et chausses déchiquetées.
Pendant
les guerres de religion, le barreau
va user de son poids et de son influence politique
pour que la France sorte de la crise.
En
1602, les Avocats se mettent en grève
durant quatorze jours, en réaction d'un
arrêt du Parlement qui les oblige à
signer leurs écritures et à mentionner
leurs honoraires : les Avocats seront entendus
et n'hésiteront pas à renouveler
leur mouvement, notamment contre les décisions
de Mazarin.
Vers
1662, le Bâtonnier sort de son
rôle religieux pour devenir le chef de l'ordre,
aidé d'un conseil qui prend en charge la
discipline : il est élu chaque année
par des délégués des Avocats.
"L'Avocat
classique" est encore très
proche de celui du Moyen-age : "l'exercice
de la profession doit mener à l'honneur
et non à la fortune".
La
première "conférence
du stage" a lieu le 31 décembre
1710 : il s'agit d'une réunion publique
où les Avocats stagiaires discutent en
présence des anciens de questions de droit.
Chaque année un secrétaire est désigné
parmi les jeunes Avocats.
Cette
institution va très vite devenir "un
creuset de l'art de l'éloquence".
Sous
Louis XIV, "l'Avocat bourgeois" avait
oublié la politique, qu'il va redécouvrir
après la mort du roi soleil et va participer
à une véritable fronde contre le
pouvoir en place (par de nombreuses grèves),
notamment lors de l'affaire janséniste.
A
l'orée de la Révolution,
on dénombre à Paris 600 Avocats.
Un
décret du 8 octobre 1789 abolit le supplice,
autorise la présence muette de l'Avocat
pendant l'instruction et la plaidoirie à
l'audience : la Constituante (où les Avocats
étaient présents) réforme
également les institutions judiciaires.
Pourtant
elle vote la loi 16 août - 2 septembre 1790
qui supprime l'Ordre (corollaire de la loi Le
Chapelier interdisant toutes les corporations)
et les Avocats! La barre devient accessible à
tous.
Toutefois,
s'ils perdent leur titre les Avocats vont continuer
à plaider et seront présents devant
les Tribunaux Révolutionnaires : ce sont
les "Avocats du Marais", qui vont courageusement
maintenir le principe de la défense.
En
1802, les Avocats sont rétablis,
puis l'Ordre en 1810, mais ils sont fortement
encadrés et ont perdu toute l'indépendance
et la liberté dont ils jouissaient avant
la Révolution (par exemple, obligation
de mentionner les honoraires au pied des actes,
interdiction de la grève, Conseil de l'Ordre
et Bâtonnier désignés par
le Procureur Général).
Aussi,
pendant tout le XIXème ils vont combattre
pour cette liberté et obtiendront certaines
satisfactions dès 1822 dans une ordonnance
qui permet notamment la constitution de Barreaux
de province, puis en 1830.
L'Ordre
devient une instance essentiellement disciplinaire
dont les membres sont élus par l'assemblée
générale du Barreau.
En
1830, les Avocats parisiens sont 650.
Ils
font partie de ce qui va être appelé
"les professions libérales" :
"l'Avocat a une mission, non une profession".
Sa rigoureuse déontologie se fonde alors
sur l'honneur (code de l'habillement strict à
la ville comme au Palais, incompatibilités
multiples, interdiction de poser un panneau sur
sa porte) et il plaide gratuitement pour les pauvres.
La
profession devient très élitiste
et la Conférence du stage une sélection
des meilleurs talents d'orateurs.
Lorsqu'il
plaide, l'Avocat va bénéficier en
1829 d'une immunité totale (d'ailleurs
la tenue marque que l'Avocat représente
la Défense derrière laquelle s'efface
l'homme).

Une
loi du 22 janvier 1851 crée l'assistance
judiciaire : la gratuité de la défense
des démunis n'est plus consentie mais obligatoire.
A
compter de 1875 s'impose "La république
des Avocats" : de nombreux présidents
de la république (9), présidents
du conseil (42), ministres, députés
seront des Avocats et donc le Barreau réunit
les dirigeants de la France. Mais c'est surtout
la puissance du Bâtonnier de Paris qui va
sans cesse croître (les Bâtonniers
de province vont se réunir pour former
la Conférence des Bâtonniers en 1902).

La
loi du 1er décembre 1900 admet les
femmes au Barreau : la première
avocat à prêter serment sera Madame
PETIT (en 1996, sera élue la première
femme Bâtonnier de l'Ordre de Paris en
la personne de Maître de la GARANDERIE).
Durant
la première moitié du XX siècle
la profession va s'assouplir grâce au
mouvement syndical (création de l'Association
Nationale des Avocats en 1921, puis de l'Union
des Jeunes Avocats en 1922) et la justice se
démocratiser.
La
fin de la seconde guerre mondiale fait place
à un monde nouveau où l'Avocat
cesse d'être le roi.
La
loi du 26 juin 1941 institue le Certificat d'Aptitude
à la Profession d'Avocat.
La
loi du 31 décembre 1971 et ses décrets
d'application élaborent une déontologie
nouvelle et opère la fusion des professions
judiciaires d'Avocats, avoués et agréés,
la fusion entre Avocats et conseils juridiques
interviendra le 31 décembre 1990.
En
1966, le Barreau de Paris regroupait 3.101 avocats.
Aujourd'hui, il compte près
de 16.150 Avocats (dont 47, 7% de femmes) ;
soit une croissance de 520% !
Durant
ces deux dernières décennies,
la profession a connu beaucoup plus de changements
que durant les deux derniers siècles.
Elle était homogène, organisée
autour des particuliers ; elle s'oriente vers
le marché, est marquée par une
forte différenciation (par exemple, opposition
entre les cabinets généralistes
qui s'occupent à titre principal du droit
des personnes et les cabinets d'affaires) et
connaît l'internationalisation et l'évolution
des communications.
=>
pour aller plus loin :

- CATALOGUE DE L' EXPOSITION
" PARIS et ses avocats, de Saint Louis
à Marianne" Du
6 novembre 2001 au 2 mars 2002
-
"HISTOIRE DES AVOCATS EN FRANCE"
de Bernard SUR - Éditions DALLOZ
- "LA GRANDE HISTOIRE DES AVOCATS"
de Jean-Marie DIGOUT - Éditions de l'Homme
en Noir

MUSEE DU BARREAU DE PARIS (Hôtel
de la Porte 25, rue du jour 75001 PARIS) : http://www.avocatparis.org
Du 20 décembre 2002 au 4 mars 2003, exposition
"Le Palais de Justice" à la
Conciergerie de Paris (histoire monumentale,
judiciaire et institutionnelle du Palais du
Moyen Age à nos jours)
*Je
suis à la recherche de tous documents
sur l'histoire des avocats : n'hésitez
pas à me contacter